Marie-Odile Goret-Brémond

Aînée d'une famille de huit enfants, Marie-Odile Goret-Brémond a des parents paysans et catholiques aux objectifs concrets : travailler, produire, réussir... Dans ce contexte, pas de place pour la fantaisie ou pour la littérature. Pourtant, très tôt, au désespoir de sa mère, elle aime lire. À l'âge de 10 ans, toute la famille quitte l’Anjou et arrive dans le Gers, là où les écoles sont laïques…

Elle entre dans la vie professionnelle en 1970. C’est la période des grands voyages et des petites incursions dans divers pays : la Grèce, la Turquie, la Roumanie de Ceaucescu… et, plus tard, le pacifique Sud et la Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna, et puis la beauté du désert australien.

C'est grâce à ces voyages qu’elle se libère de l'emprise familiale. Mais, à cette époque, elle n’est pas encore prête pour écrire.

Cela viendra plusieurs années après, paradoxalement par le biais du travail. Au service de la protection de l'enfance, il faut rédiger des rapports pour aider le magistrat à prendre la meilleure décision : soustraire l'enfant à sa famille pour le protéger ou éviter une séparation douloureuse, parfois inefficace ? À quel prix pour l'enfant ? L'évaluation se doit d'être précise et honnête, facile à lire aussi. C'est là qu’elle comprend l'importance des mots et de la manière de les agencer.

Aujourd'hui, elle anime des ateliers d'apprentissage du français auprès des migrants et traduit des ouvrages regroupant souvenirs de voyage et analyse géopolitique sur la Colombie, écrits par un jeune universitaire italien.

Elle vit à Caen, en Normandie, depuis 17 ans. Caen et ses plages du débarquements, Caen et ses cimetières militaires... C'est ici que l'histoire de ses ancêtres l'a rattrapée. Peut-être n'est-ce pas tout à fait un hasard ?

La guerre ne s'est pas arrêtée en 1918
Trois frères, Henri, Auguste et Louis, voient leur vie dans la campagne d’Yzernay, laborieuse mais paisible, bouleversée par l’arrivée fracassante de la Première Guerre mondiale. Appelés au front, ils laissent à l’arrière, père invalide, mère, sœurs et amantes angoissées. À travers, entre autres, une étude poussée de leurs correspondances avec la famille, la petite-fille d’Henri rend compte de son enquête émouvante et nous livre un témoignage poignant des victimes de ce conflit inhumain. Les victimes, c’est évidemment ceux qui y restent, mais également ceux qui reviennent, traumatisés, et ceux qui héritent de ce passé enfoui, mis sous silence, et pourtant terriblement présent… encore aujourd’hui.
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